
Professeur de sociologie à l'université Toulouse Capitole et président co-fondateur de l'UPEMM, j'ai la conviction que la pensée complexe notamment élaborée par Edgar Morin est une ressource pour penser et agir pour une métamorphose, c'est-à-dire une transformation radicale de nos modes de vie, de travail, d'échange et aussi de pensée. Une transformation qui, comme tout le monde peut le voir, apparaît de plus en plus vitale. C’est bien ce que le président de la République, lors de l’hommage national à Edgar Morin, bienvenu mais convenu, n’a pas su relever. Nous croyons tout au contraire que l’apport principal de Morin est de nous permettre de penser ce qui advient sans le réduire à ce que nous connaissons déjà. Telle une boussole pour nos temps déraisonnables, nous pensons y trouver des orientations salutaires.
Je propose ici, pour les nouveaux adhérents mais aussi pour les plus anciens, de revenir sur nos premières conférences qui ont exploré la pensée complexe d’Edgar Morin. Ce rappel synthétique reviendra sur ce qui structure la pensée complexe : les dimensions relation-nelle, processuelle, systémique, récursive, dialogique et hologrammatique. Des dimen-sions que nous avons l’habitude d’ignorer voire de rejeter dans le mode de pensée en éludant ainsi la complexité.
Pour penser la complexité il faut savoir relier les connaissances, accepter les contradictions, prendre en compte les interdépendances, reconnaître l'incertitude et l'imprévisibilité et concevoir que le système peut être plus que la somme de ses parties. Il s’agit de changer notre manière de penser pour transformer notre manière d’habiter le monde
Cependant, comme l’écrivait le poète allemand Hölderlin repris par le philosophe Heidegger, nous croyons que la métamorphose passera par la poésie. « Habiter poétiquement le monde » voilà le complément indispensable à la dimension cognitive ou intellectuelle. Une intelligence sensible, porteuse d’un nouveau rapport au monde et au vivant, est, de notre point de vue, une nécessité si nous voulons, nous autres Modernes, nous amender suffisamment pour survivre.